Les moulins a prieres du Tibet.
Découvrez le monde fascinant des moulins à prières tibétains, objets de dévotion profondément enracinés dans la tradition bouddhiste. Cet article explore leurs origines, en expliquant comment faire tourner le moulin équivaut à réciter des mantras. Comprenez les étapes cruciales pour une fabrication correcte et découvrez pourquoi de nombreux moulins vendus dans le commerce peuvent être inefficaces, voire néfastes.
Un moulin à prières est un objet de culte utilisé dans plusieurs pays bouddhistes, mais qui a été plus particulièrement développé au Tibet. Une des explications à l'invention de cet objet est l'expression bouddhiste "tourner la roue du Dharma" (qui signifie enseigner la doctrine du Bouddha) et qui aurait été pris ici dans un sens matériel.
On trouve dans les textes anciens la mention d'une rencontre entre celui qui deviendrait le Bouddha Sakyamuni et le Bouddha Dipankara. Lors de cette rencontre, le futur Bouddha Sakyamuni fait offrande à Dipankara et exprime le souhait de devenir lui-même un éveillé pour le bien des êtres et le Bouddha Dipankara lui parle d'une "roue du Dharma" qu'il aurait confiée aux Nâgas et qui serait un moyen habile d'obtenir l'Éveil. Les Nâgas auraient ainsi été les détenteurs de moulins à prières durant des millions d'années avant de transmettre ce "moyen habile" d'atteindre l'Éveil aux humains. Le Bouddha Dipankara ayant, d'après les légendes, vécu durant 100 000 ans et ayant seulement transmis la pratique du moulin à prières aux Nâgas, ce qui signifie qu'il a lui-même reçu cette pratique et n'en est pas l'origine.
On trouve plusieurs types de moulins à prières en fonction des mantras qu'ils contiennent, le plus commun est le Mani Khorlo (ou "roue de Mani") qui contient le mantra de Chenrézig, mais on trouve également depuis quelques années des Thardo Khorlo qui contiennent une sélection de mantras en plus de celui de Chenrézig.
Un moulin à prières traditionnel est constitué d'un cylindre rempli de mantras et pouvant tourner librement autour d'un axe. Selon les croyances associées à cet objet, actionner un tel moulin a la même valeur spirituelle que de réciter les mantras qui sont à l'intérieur, les mantras étant censés se répandre ainsi dans les airs comme s'ils étaient prononcés et avoir une influence positive sur l'environnement du moulin.
Les moulins à prières sont le plus souvent disposés en longues séries et sont mis en mouvement l'un après l'autre par le fidèle qui passe devant eux. Le moulin doit être tourné dans le sens des aiguilles d'une montre, afin que le mantra soit lu dans le sens où il a été écrit.
Reportage (en anglais) sur un moulin à prières géant.
Le plus souvent les moulins à prières sont activés manuellement, mais les Tibétains ont fait preuve d'une grande ingéniosité et ont conçu des moulins à prières capables de fonctionner avec le vent, l'eau, le feu et plus récemment à l'électricité.
Fabrication de moulins à prières "à vent"
Moulin à prières solaire !
Moulin à prières fonctionnant grâce à la chaleur d'une ampoule électrique, il existe le même type de moulin fonctionnant grâce à la chaleur d'une lampe à beurre.
Le moulin à prières est un des objets de culte les plus insolites du Bouddhisme Tibétain, il est très souvent vendu aux touristes par les boutiques de Katmandou. La conception d'un moulin à prières répond à des règles rituelles simples mais strictes, et hélas, après avoir étudié ces règles et manipulé/démonté un très grand nombre de moulins à prières, je puis vous assurer que l'immense majorité de la production actuelle n'a RIEN à voir avec un véritable moulin à prières et ne pourra en aucun cas avoir le moindre effet bénéfique.
Entre les moulins sans mantra, ceux où les mantras sont "baveux" (ou même pire, placés la tête en bas ou enroulés à l'envers !), ceux en grande partie remplis de papier journal (!!!), ceux pleins de mantras qui ont été brûlés (pour leur donner un aspect ancien !), ceux qui tournent avec difficulté, ceux qui couinent... et encore, je ne parle pas des arbres de vie et diagrammes manquants, car là, ça sera 100% de la production qui serait à considérer comme inutilisable ou même carrément maléfique. En effet, si les mantras sont placés à l'envers dans un moulin à prières, au lieu d'accumuler des mérites en le faisant tourner, on perd des mérites !
Les conséquences karmiques produites par l'utilisation d'un moulin à prières défectueux sont décrites dans les Tantras et font franchement peur...
Les moulins à prières disponibles actuellement sont tout juste bons à servir de base, les mantras à l'intérieur sont à refaire dans 100% des cas.
Et ceci est hélas vrai également pour les moulins vendus dans les centres du Dharma, ne me croyez pas sur parole, renseignez-vous et allez ouvrir un ou deux moulins dans ces boutiques pour le constater par vous-même.
Sur cette page, je vais vous expliquer de manière simple quelles sont les règles à respecter pour réaliser un moulin à prières traditionnel soi-même. Vous comprendrez rapidement que ce qui compte n'est pas le fait d'avoir un cylindre en métaux précieux décoré de jolis mantras en alphabet tibétain ou en script landzha, ou de faire bénir les mantras par un Grand Lama, mais de suivre un certain nombre de règles rituelles simples.
Si vous désirez vous lancer dans la fabrication de moulins à prières, je vous encourage à vous procurer l'excellent livre "Wheel of great compassion" qui donne de nombreuses références de textes anciens et détaille la fabrication d'un moulin à prières pas à pas.
Vidéo montrant la fabrication d'un petit moulin à prières. Amusant mais hélas le moulin fabriqué ne respecte aucune des règles rituelles !
Pour commencer, il vous faudra fabriquer ou vous procurer un arbre de vie Sog Shing; celui-ci était au Tibet traditionnellement réalisé en genévrier ou en santal, mais à défaut, le bois de n'importe quel arbre convient tant que les fruits de cet arbre ne sont pas toxiques. Il convient de placer le bois dans le sens où il a poussé (le haut de l'arbre de vie Sog Shing étant le haut de l'arbre d'origine). Certains textes anciens parlent également d'utiliser du fer pour réaliser l'arbre de vie des moulins à prières, ce qui nous simplifie fortement la tâche ! Un arbre de vie peut être carré ou rond, c'est sans importance, mais il doit au moins faire la même hauteur que le cylindre dans lequel il est placé (il peut être plus long s'il sert d'axe). La tradition précise que sur l'arbre de vie lui-même, on doit placer un certain nombre de mantras et syllabes sacrées ; on peut soit les graver dans le bois, soit les tracer sur du papier et l'enrouler autour de l'arbre de vie (écritures à l'extérieur). Dans certains cas, si l'axe est fixe, on peut réaliser un arbre de vie creux (en tube) et enrouler les mantras autour de ce tube.
Ces mantras sont de haut en bas :
- Om Sarya Vidya Svaha
- Om Ah Hum
- Om Vajra Ayushe Svaha
- Om Supratisha Vajra Ye Svaha (ce dernier mantra doit être répété autant de fois qu'il faut pour couvrir complètement le bas de l'arbre de vie)
On peut écrire ces mantras en tibétain, en sanskrit, ou en alphabet romain, ce qui compte étant de ne pas faire d'erreur dans les mantras et non l'alphabet utilisé. Si comme moi vous ne savez pas lire le tibétain, contentez-vous donc d'utiliser un alphabet que vous savez lire...
Voici ces mantras en tibétain dans une version imprimable.
Il convient, dans le cas d'un arbre de vie en bois, de l'oindre d'huile de santal ; les mantras devront, eux, être enduits d'eau safranée pour les purifier, quelle que soit la matière qui compose l'arbre de vie.
Les mantras peuvent être écrits à la main (dans ce cas, mélanger si possible un peu de safran dans l'encre utilisée), imprimés à l'ancienne avec un bloc de bois ou avec une imprimante moderne ; la méthode est sans importance, ce qui compte est qu'ils soient tracés de manière claire et sans bavure ni rature. Certains sites proposent depuis quelques années des mantras sur microfilm, ce qui semble correct d'un point de vue rituel et permet de placer un nombre très important de mantras dans un moulin à prières de petite taille.
On trouve également depuis peu des moulins à prières dont les mantras sont sur CD ou DVD, ce qui est absolument contraire aux instructions rituelles anciennes.
Il convient de rouler les mantras en serrant bien, et que la personne qui réalise le rouleau de mantras soit propre au sens rituel (mains lavées scrupuleusement et n'ayant mangé récemment ni viande, ni ail, ni oignons et bien sûr n'ayant pris ni alcool, ni tabac, ni drogue). Avant de commencer à enrouler les mantras, il faut se livrer à une petite méditation et, si on a reçu l'initiation de Dorje Sempa, réciter au moins 21 fois le mantra de 100 syllabes.
On doit purifier les feuilles de papier où sont inscrits les mantras avec de l'eau safranée avant de les enrouler. Surtout, bien marquer le haut du rouleau de mantras (en le colorant en rouge) pour ne pas risquer de le mettre la tête en bas dans le moulin à prières. En effet, une fois terminé, il est bon de placer le rouleau de mantras dans du tissu pour les protéger de l'usure et on ne voit donc plus les mantras.
Dans certains cas, on peut ajouter diverses pierres (turquoises, coraux, perles...) dans un moulin à prières, mais ce n'est pas une obligation.
Traditionnellement la plupart des moulins à prières sont remplis avec le mantra de Chenrézig, mais il est correct de remplir un moulin avec d'autres mantras. Par exemple, il est possible de concevoir un moulin empli de mantras de Sangye Menla (Bouddha de médecine) pour une personne malade, un moulin empli de mantras de Dzambhalla (Bouddha de richesse) pour un commerce ou encore un moulin d'une déité de longue vie pour un vieux Lama (ou votre grand-mère !).
Voici quelques mantras imprimables pour pouvoir garnir vos moulins à prières :
- Mantra Om Mani Padmé Hum (Chenrézig)
- Mantra du Bouddha Sakyamuni
- Mantra de Tara (Dölma)
- Mantra du Bouddha de médecine (Sangye Menla)
- Mantra du Bouddha de longue vie (Amythayus)
- Mantra du Bouddha de richesse (Dzambhalla/Kubéra)
- Mantra de Vajrasattva (Dorje Sempa)
- Mantra de Gourou Rinpoché (Padmasambhava)
La dimension du rouleau de mantras doit être calculée en fonction de la taille du contenant, le rouleau devant emplir autant que possible le moulin sans pour autant y être "coincé". Dans le cas des moulins "de bureau" où le rouleau est visible, il faut lui laisser assez de place pour tourner facilement. Au niveau du mécanisme, il n'y a pas de règle rituelle, donc un simple axe fixe est utilisable, le plus souvent en ajoutant une rondelle mobile dans la partie basse du moulin pour faciliter le mouvement ; traditionnellement, cette rondelle est en conque ou en os. Bien sûr, si on le désire et si on est bricoleur, il est possible de concevoir des moulins à prières magnétiques (avec deux aimants permanents en forme d'anneaux se repoussant mutuellement) ou encore sur roulement à billes, la seule limite étant votre ingéniosité !
Pour ce qui est de l'énergie qui propulsera votre moulin, la plus commune est manuelle, mais il est possible, comme on l'a vu plus haut, de concevoir des moulins à prières fonctionnant grâce au vent, à l'eau, à la chaleur ou encore à l'électricité ; là encore, la seule limite est votre ingéniosité, mais dans tous les cas, il faut s'assurer que le moulin réalisé tournera TOUJOURS dans le sens des aiguilles d'une montre (la seule exception étant les moulins à prières Bönpo qui doivent, eux, tourner dans l'autre sens).
Le cylindre qui contiendra les mantras doit être solide et étanche. Les matières les plus utilisées sont le métal, le bois et parfois l'os pour des moulins de petites tailles. Il est bon, si possible, de décorer de mantras le cylindre, mais ce n'est pas une obligation.
Concernant les moulins à prières portables, il faut les équiper d'un cordon et d'un poids pour pouvoir les faire tourner. Le cordon doit faire au moins la même longueur que le rayon du cylindre et être bien fixé à celui-ci, sinon, à force de tourner, il se décrochera.
Pour ce qui est du poids, il doit être assez lourd, de préférence en métal ou en pierre. On peut se contenter d'un poids en plomb de pêche ou utiliser tout objet ayant une forme et un poids adapté. Éviter les objets de forme contondante, juste "au cas où" le cordon vienne à lâcher, que vous n'alliez pas éborgner votre voisin de temple ou casser une vitre ;o)